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l'Europe : Article crée le 27/11/2011

Les politiques et la crise des dettes souveraines

L’arrivée en Italie et en Grèce de gouvernements dirigés par des personnalités reconnues dans le monde financier, non affiliées à des partis est un nouveau signe de l’impuissance des politiques à juguler la crise financière. Les gouvernements au pouvoir sont balayés les uns après les autres et remplacés par de nouvelles majorités sans aucun résultat comme cela a été le cas en GB, en Irlande et au Portugal.  

Les politiques : curieusement, face à la crise la classe politique se comporte comme si elle n’était pas directement concernée par les dettes accumulées depuis des années, alors qu’elles ne sont que le résultat d’une gestion pour le moins laxiste de l’état, de la protection sociale et des collectivités territoriales.
En France, la droite au pouvoir parle de réduction de dépenses mais n’a pas le courage de les engager alors que la gauche ne parle que de fiscalité sans tenir compte du niveau des prélèvements de l’état (environ 10% plus élevé que celui de l’Allemagne). Des programmes pas très sérieux qui confirment l’incapacité des uns et des autres à se remettre en cause et à sortir des vieux schémas pour imaginer de nouvelles approches.
Parmi les pays en difficulté seule l’Allemagne est aujourd'hui sur la voie du redressement tous les autres s’enfoncent y compris la France ce qui atteste du caractère inadapté des solutions mises en oeuvre. En réalité, de renoncement en compromis, enfermés dans des modèles de pensée dépassés, subordonnés à tous les lobbies, les politiques ne maîtrisent plus rien. Ils s'agitent beaucoup, mais ils ne gouvernent plus, ils gérent le quotidien, tentent de répondre aux urgences et sont devenus des professionnels de la compassion...


L'Europe : au-delà des insuffisances de la classe politique, les pays en difficulté subissent également les conséquences d’une construction inachevée de la zone euro qui les prive de l’utilisation des outils monétaires associés à la monnaie. Des outils utilisés par tous les états indépendants notamment par les USA.
La création de l’euro s’est en effet traduite par la suppression des monnaies nationales et le transfert des outils de régulation monétaires au niveau de la BCE, sans que lui soit donnée l’autorité pour les utiliser.
Cette situation est paradoxale, mais résulte de la volonté des états soucieux de conserver leur indépendance. En privant l’Europe d’une gouvernance politique et économique et en limitant les missions de la BCE, ils se sont privés de ses moyens d’interventions. A noter, qu’en dehors des missions fixées par les traités, la BCE ne peut intervenir qu’avec l’accord unanime du Conseil des Chefs d’Etats. Un système bloqué par construction qui constitue un véritable handicap pour l’Europe et les états.
Cette absence de confiance dans l’Europe à laquelle il ne manque que l’autorité politique pour devenir un état fédéral puissant et protecteur, s’est également traduit par la nomination aux principales fonctions de l’Europe, de personnalités respectables mais sans véritable poids politique, comme monsieur JM. Barroso, Président de la Commission (Portugal), monsieur JC. Junker, Président de l’Euro Groupe (Luxembourg), monsieur H. Van Rompuy, Président du Conseil Européen (Belgique),  madame  C.  Ashton, Haut Représentant aux Affaires  Etrangères et à la Sécurité (Angleterre)… 


Constats : l'action  politique sans vision, sans courage et limitée au court terme est catastrophique pour les peuples européens. La politique réduite aux ambitions de ceux qui l’exercent avec le souci constant de durer et d’augmenter leurs pouvoirs au mépris de l’intérêt général est une dérive de l’exercice du pouvoir dans les démocraties. Le pouvoir est aujourd’hui aux mains d’une oligarchie qui tient tous les leviers et se pérennise par un système électoral qui privilégie les élus en place (cumul des mandats, renouvellement illimité, mode de désignation, financement des partis et des élections, corruption et impunité, délit d’intérêt, …..).

Lire les réflexions de quelques philosophes du 19ème siècle sur le site suivant :

http://www.sonatine.org/theme/pdf/La%20d%E9mocratie%20ou%20la%20d%E9rive%20oligarchique%20et%20bureaucratique.pdf .

Volet financier : Les difficultés structurelles des organisations politiques ne doivent pas faire oublier la gravité de la situation financière dans laquelle se trouve la plus grande partie des pays occidentaux. Les politiques, sont désormais contraints par les marchés financiers de réduire les déficits et d’engager le désendettement faute de quoi ils ne parviendront plus à trouver les finances nécessaires au fonctionnement des états. Une situation qui entrainerait la faillite des états avec des conséquences dramatiques pour tous.
Pour indications, en 2011, la France aura emprunté environ 200 milliards et l’Italie 270 milliards, des sommes colossales qui montrent l’ampleur des problèmes à résoudre.
L’équation est simple, tant qu’un pays affiche un déficit il aggrave sa situation, donc le problème posé n’est pas de revenir à un déficit de 3% du PIB, c'est aujourd'hui trop tard, il doit être ramené à zéro.  Sachant que la suppression du déficit ne fait que stabiliser la dette, pour engager sa réduction il faut que le budget soit excédentaire après paiement des intérêts.


Solutions : il n’y a plus d’échappatoire, les gouvernements sont le dos au mur, condamnés à prendre des mesures très difficiles et à  rechercher avec les financiers et les instances européennes des solutions pour sortir de ce cycle infernal.
Les exigences de rétablissement des finances sont telles qu’il sera nécessaire de dépasser les ajustements pratiqués dans les plans qui se succèdent dont le résultat le plus certain la dégradation tous les services.
Il est inévitable de modifier les structures des états et d’assurer leur cohérence avec celles de l’Europe. Les politiques confrontés à la réduction des ressources, ne pourront pas durablement échapper à la réduction du périmètre de responsabilité des états. Ils devront faire des choix, pour préserver l’essentiel. Un retour aux fonctions fondamentales (l’Education, la Protection Sociale, la Sécurité, la Justice, le Budget……) accompagné d’une mutualisation au niveau européen des autres fonctions (Economie, Finances, Défense, Politique Etrangère….) apparaît inévitable. Cette démarche de « Downsizing et de rationalisation de l’état », en rupture avec celle pratiquée par tous les politiques de droite ou de gauche, est couramment appliquée par le monde industriel et financier pour d’adapter aux nouvelles contraintes imposées par les changements. Elle permettrait aux pays européens de retrouver la puissance qu’ils ont perdue dans un mode en profonde mutation et de sauvegarder la pérennité de nos sociétés gravement menacée.


Obsolescence des systèmes politiques : début 2010, M Serre, interrogé sur l’échec du sommet de Copenhague faisait part de son scepticisme sur la gouvernance du monde, ainsi que sur la capacité des politiques à traiter les grands défis de la planète (écologie, pauvreté, énergie, eau…) et à administrer les états dont les frontières n’existent plus. Deux raisons principales à ces difficultés :

- Des organisations politiques inadaptées face à la transformation rapide des sociétés : en moins de 15 ans le monde a été totalement bouleversé par  les progrès réalisés dans tous les domaines alors que les systèmes et les organisations politiques, conçus après 1945, n’ont pas évolués et sont aujourd’hui pour le moins dépassés. La gouvernance des états et celle du monde sont à repenser.
 
- Face à l’accroissement de la complexité, à la multiplicité des interactions entre les systèmes et les acteurs, à l’explosion des frontières…, l’action politique implique la mobilisation d’un nombre sans cesse croissant de connaissances et d’expertises, dont l’existence et la permanence ne sont pas assurées dans les processus politiques actuels. D’un côté, il y a les politiques qui détiennent la légitimité pour agir et de l’autre les savants et les experts qui portent la connaissance en constante évolution, ces deux mondes s’ignorent alors qu’ils devraient travailler ensemble. Il ne s’agit pas de subordonner les uns aux autres mais de réintroduire dans les processus politiques des instances garantissant la permanence de la connaissance (non consultatives du type conseil d’état). Cela devrait sensiblement améliorer la situation actuelle et éviter de multiples erreurs. Les philosophes grecs qui ont inventé la démocratie plusieurs siècles avant jésus christ avaient compris cette nécessité. (Relire l’article relatif au sommet de Copenhague)

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