Article du 26 Février 2010
Elections Régionales du 14 et 21, Pour faire quoi ?
Quelques réflexions et analyses : Il ne faut pas s’y tromper cette élection n’est rien d’autre qu’un affrontement pour le pouvoir, les questions régionales n’étant pas la préoccupation des partis. Pas surprenant, car les différences entre les uns et les autres sur les sujets régionaux sont réduites. En effet, les compétences et les moyens associés relèvent de la gestion courante et ne permettent pas une nette différenciation en dehors de quelques sujets comme celui de la fiscalité chere à la droite ou encore celui du développement économique ignoré de tous.
Située entre un état tout puissant qui malgré la décentralisation conserve la main sur tout et les communes et départements qui sont les échelons de proximité dédiés à la gestion de la vie quotidienne des citoyens, la région est le parent pauvre de l’organisation territoriale. De ce fait, elle n’attire pas les poids lourds de la politique, personne ne sait vraiment à quoi elle sert et qui sont les conseillers régionaux. Seuls les présidents des régions riches sont connus comme JP Huchon en IdF, JJ Queyranne en Rhône Alpes, M Vauzelle en Provence Côte d’Azur ou encore G Frêche en Languedoc Roussillon, Ségolène Royale en Charente Poitou et M Malvy en Midi Pyrénées pour d’autres raisons.
A écouter les bruits de la campagne on pourrait croire qu’il s’agit d’une élection nationale pourtant il n’en est rien, elle est strictement locale et ses résultats n’auront guère d’autre effet que celui de renouveler les conseillers régionaux. Les résultats permettront tout au plus une mesure de l’opinion à un instant donné ! Les politiques le savent parfaitement mais leur légitimité a besoin d’un minimum de participation alors, ils donnent le change. En effet, l’UMP qui détient tous les pouvoirs qui permettent de gouverner (Elysée, Assemblée Nationale, Sénat et beaucoup d’autres), voudrait bien reprendre quelques régions, le PS très puissant au niveau local qui gère avec ses alliés 24 régions sur 26, voudrait faire oublier ses insuffisances et faire de cette élection un test national, les Ecologistes voudraient concrétiser leur succès d’hier et réduire un peu le poids du PS. Le MODEM, les Communistes, le Front National, le NPA et tous les autres voudraient eux aussi quelques miettes du gâteau, mais le scrutin majoritaire ne les favorise pas, ils devront pour y parvenir faire des alliances et renoncer à beaucoup de leurs propositions. Sans véritables enjeux pour la société, les partis jouent entre eux une partie dont nous sommes les spectateurs et qui a pour seul objet de conserver ou d’accroître leurs pouvoirs locaux et les avantages qui y sont attachés.
Fort heureusement, cette élection doit être la dernière du genre, si la réforme engagée par le gouvernement, dont chacun s’accorde à dire qu’elle est nécessaire, parvient à surmonter les oppositions générées par la déstabilisation des pouvoirs locaux. Les conseillers généraux et régionaux seront supprimés et remplacés par des conseillers territoriaux élus au suffrage direct sur un espace territorial à définir qui ne sera plus le canton. Les compétences et les pouvoirs seront clarifiés et le rôle des régions significativement renforcés avec une amélioration de leur efficacité et une réduction des coûts. Les régions présentant par ailleurs une très grande disparité, en matière de population, de richesse, de développement, de superficie…. le projet propose des modifications de périmètre. Ainsi quelques régions pourraient disparaître pour constituer des ensembles plus cohérents, plus puissants et plus attractifs permettant de rivaliser avec les régions européennes les plus performantes. A noter que le Limousin, qui est la région la moins peuplée et l’une des plus pauvres est laissée de côté ! Cela fait le bonheur de son président mais est ce que c’est raisonnable pour l’avenir ? Serions-nous condamnés à devenir une sorte de réserve verte dans laquelle vivent les derniers Gaulois ?
Ainsi, les Régions sont appelées à devenir les structures clés de l’organisation territoriale et du développement économique de notre pays comme elles le sont dans la plus grande partie des pays modernes. N’oublions pas que dans plusieurs pays d’Europe les Régions ont des pouvoirs supérieurs à ceux de l’état central et disposent d’une capacité à légiférer sur de nombreux sujets.
Les enjeux de l'élection en Limousin : Le limousin est une région qui bénéficie d’un environnement agréable, d’infrastructures correctes, d’un taux de chômage faible, d’une délinquance réduite… Une région dans laquelle il fait bon vivre au moins en apparence car la réalité est bien différente. Avec 734 000 habitants elle est la moins peuplée de France, sa population est vieillissante et ne se renouvelle pas. Le revenu par habitant et le PIB (richesse produite) figurent parmi les plus bas du pays. Les activités traditionnelles sont en constant déclin et la région n’a pas trouvé les activités de remplacement à valeur ajoutée (le Limousin c’est la viande et les pommes). L’emploi, repose essentiellement sur les collectivités et les services de l’état et sur les services à la personne, l’emploi généré par les autres activités demeure faible. Les services publics quittent progressivement les campagnes qui se dépeuplent. Les villages vieillissent et les écoles ferment. La couverture médicale commence à connaître de sérieuses difficultés. Enfin, la région présente un réel retard dans le domaine de la formation supérieure et de la recherche indispensables pour soutenir une dynamique de développement…..
La vérité, c’est que le Limousin n’est pas armé pour faire face aux grandes mutations auxquels sont confrontées nos sociétés et pour faire de la région un espace économique et social attractif pour les populations actives et pour les entreprises à forte valeur ajoutée. Un espace qui peut soutenir la comparaison avec les autres régions de France et d’Europe et dont l’offre de vie concerne toutes les générations. La dynamique ne se décrète pas il lui faut une avant-garde jeune audacieuse et entreprenante ! Notre région qui est essentiellement rurale ne doit pas se contenter des discours de résistance et se replier sur elle-même comme le proposent certains, elle doit se tourner vers l’avenir, réduire ses dépendances et ne pas attendre que d’autres lui apportent ce qui lui manque. Il appartient à ses élus de prendre son destin en main et de rompre avec les pratiques anciennes les plus détestables qui concernent notamment le clientélisme, l'absence de maîtrise des dépenses publiques et la création massive d’emplois dans les collectivités.
En Limousin l’élection consiste à élire 43 Conseillers Régionaux. Huit listes (LO, PS, UMP, MODEM, Front de Gauche, Europe Ecologie, Front National, Alliance Ecologiste- soit 392 candidats) participent à cette élection, les listes sont régionales et comportent des sections départementales. Si aucune liste n’obtient au moins 50% des suffrages exprimés au premier tour il y a un second tour. Seules celles qui obtiennent 10% des suffrages exprimés peuvent se maintenir et fusionner avec celles qui ont obtenu au moins 5%. Au premier ou au second s’il ya lieu, la liste qui arrive en tête obtient le quart des sièges à pourvoir, les sièges restants étant répartis à la proportionnelle entre les listes ayant obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés. Les candidats sont désignés à la proportionnelle sur les listes départementales en fonction des résultats obtenus au niveau régional. Sachant qu’aucune liste n’obtiendra la majorité au premier tour, il y aura nécessairement des fusions entre les listes au second tour.
Quelles sont les listes et qui sont les candidats ? Que propose chaque liste ? Quelle était la majorité sortante et quel est son bilan ? ! La composition des listes fait la part belle aux apparatchiks et ne tient aucun compte des compétences administrées par la région. Pour être élu il vaut mieux être le serviteur zélé d’un baron local qu’un bon militant compétent mais indépendant, il est vrai qu’une fois élu tout devient simple. En ce qui concerne les propositions, c’est l’habituel bla bla ; rares sont les textes qui font preuve d’ambitions et la question du développement économique à la base de tout est tabou. Quand au bilan, il n’est pas mauvais mais il masque les faiblesses de la région, les écologistes et le front de gauche, membres de l’équipe sortante sont tellement satisfaits du travail accompli qu’ils préfèrent l’ignorer…... Nous devons exiger des politiques moins de discours démagogiques, plus de réflexion et de travail, plus de vérité et de courage et surtout de l’audace et de l’ambition pour notre région. C’est de notre avenir qu’il s’agit, pas de celui des politiques….
En Mars prochain, les électeurs du Limousin auront le choix entre 8 listes peu séduisantes et un ensemble de propositions qui ne sont pas la hauteur des enjeux pour notre région. Devant une telle situation les citoyens sont en droit de se poser des questions sur l’utilité réelle du vote, de critiquer le système, de manifester leur mécontentement dans les urnes où encore de voter de la manière qu’ils jugent la plus appropriée. Le vote est un droit, utilisez le et exprimez vous les 14 et 21 mars prochains.
Brette Roland