Introduction : A un an de l’élection présidentielle il est intéressant d’écouter ce que disent les partis politiques et les futurs candidats sur la crise financière et économique que nous traversons notamment au regard des analyses de Joseph E. Stiglitz. Une crise dont il faut rappeler qu’elle est avant tout la conséquence de la dérégulation des systèmes financiers proposée et vendue par les experts aux politiques chargés de légiférer. Cette crise et les plans de relance mis en œuvre pour en réduire les effets montrent qu’au-delà des discours les politiques n’ont plus le pouvoir et qu’ils ne sont plus que des acteurs manipulés par les puissances financières préoccupées par leurs seuls intérêts.
Malheureusement, cette crise a également révélé que nos états occidentaux qui empruntent pour financer leur fonctionnement ont accumulé une montagne de dettes et que certains sont aujourd'hui dans l’incapacité de faire face aux échéances. C’est la crise des dettes souveraines, d’abord l’Islande, puis la Grèce, suivi de l’Irlande et du Portugal, le tour de l’Espagne arrive et après qui sera le suivant l’Italie, la France ? A cet égard il faut simplement rappeler que notre pays qui est aujourd’hui une des grandes économies du monde a accumulé une dette de plus de 1700 milliards soit 82% de la richesse annuelle produite (Pib), qui induit le paiement de 50 milliards d’intérêt par an soit l’équivalent du budget de l’Education national ou encore les ¾ des bénéfices des grandes entreprises françaises.
Cet ouvrage est particulièrement instructif et montre les conséquences pour nos sociétés de l’indigence de la réflexion de nos grands responsables politiques et leur incapacité à maîtriser et à contrôler le sens du développement. Il est vrai qu’il est plus facile de discourir en face d’un public acquis et inexpérimenté que de maîtriser les évolutions d’un monde engagé dans une course de maximisation des profits. Un monde qui se joue du droit et des frontières dans lequel les politiques et les états sont constamment à la remorque des évolutions et des mutations. Un monde qui n'a que faire des populations dans lequel la finance domine les états et les institutions internationales.
Résumé de la Ligue des Droits de l'Homme : Modèle de pédagogie permettant au grand public de comprendre les rouages complexes de l'économie de marché et de la finance, "Le triomphe de la cupidité" analyse les causes et les conséquences de la crise et propose une vision - peu rassurante - de l’avenir de l'économie mondiale. L'analyse que propose Jospeh E Stiglitz est d'autant plus légitime que le Prix Nobel d'économie était l'un des rares économistes à avoir prédit les risques qu'une telle crise survienne alors que le marché se noyait sous les profits. Son ouvrage déconstruit, avec rigueur et sévérité, les fondements, structures, fonctionnement et dérives d'un modèle économique: le néolibéralisme.
Fondamentalisme obtus, libéralisation outrance des capitaux, dérégulations aveugle et montée des inégalités sociales: Stiglitz revient sur les antécédents d'une crise inéluctable que, course au profit à court terme oblige, personne n'a voulu voir.
Comment en est on arrivé là ? Quelles sont les véritables causes de cette crise? Comment un système économique a pu ainsi s’imposer au monde ? Comment les élites politiques n’ont pas su entendre les signes avant coureurs (crise asiatique, crise argentine, Enron…) ? Comment le monde de la finance a t il pu prendre le pas sur le monde politique ? Comment un récit économique est il devenue le seul possible sans aucun contre pouvoir ? Comment avons-nous pu accepter une telle montée des inégalités sans prendre conscience des conséquences ? Comment alors même que l’histoire nous susurrait de prendre garde avons-nous dérégulé et libéralisé à outrance les capitaux ? Comment la crise du crédit s’est emballée ? Comment expliquer la faillite des institutions et des Etats ? Comment n’a-t-on pas pu ou voulu contrôler les dérives des produits financiers ?
Stiglitz ouvre des réflexions passionnantes et si vitales aujourd’hui : Sommes-nous à l’aube de la fin du capitalisme ou de la mort d’un système ? Que doit-on faire pour en sortir ? Sommes nous prêts à une véritable refondation ou comme, il le semble, nous limitons nous à quelques remèdes cosmétiques ? Bref est-il raisonnable d’appliquer à une plaie largement gangrénée un simple mercurochrome ?
Si cet ouvrage, passionnant et édifiant de bout en bout, réveille salutairement les consciences qui ne l'étaient pas encore à cette dramatique mascarade qui continue à se jouer sous nos yeux, on regrettera par contre la quasi absence de pistes de solutions solidement élaborées...
"Le triomphe de la cupidité" de Joseph E. Stiglitz, Les Liens qui Libèrent, 2010